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PARIS  DAKAR  EN  ULM PENDULAIRE, 

du 30 août au 16 septembre  2002   

 

4 copains pour 2 équipages préparés pour l'aventure 

          

 

Pierre-Jean le Camus 29 ans, 

 

pilote sur DTA.  

 

 

Initiateur du projet, travaille pour la presse spécialisée ULM et vol libre, et pratique l’instruction tous les week-ends  

 

 

Pascal Mallet

 

 34 ans, pilote sur DTA. 

 

Professionnel de l’ULM depuis 10 ans, mécanicien et technico-commercial, Pascal est aussi (voire surtout) un fana de deux roues sous toutes ses formes

 

 

Stéphane Kübler

 

30 ans, pilote sur Air Création.

 

  Il est infirmier de profession. Ses motivations: « Les exploits en ULM existent, à grand coup d’euros, on explose les records d’altitude, de distance, de vitesse, de poids, etc… Que reste-t-il des origines de l’ULM, l’appareil qui se voulait facile à piloter, accessible économiquement, populaire ?  

 
 

François Denis

 

 32 ans, pilote sur Air Création.

  Né aux commandes de son ULM, pionnier de l’ULM, il accumule des milliers d’heures de vol, des milliers de kilomètres survolés avec une carte pincée sur une planchette ficelée sur les genoux. N'hésite pas à traverser la France pour participer au Rallye des Pyrénées, terminera 1er de la grande course de Blois

 

 

Vendredi  30 août: LE DEPART   Douzy(08) - Pont sur Yonne(89) - Blois(41)  5 heures de vol.      

           Stéphane le 2ème pilote de mon appareil avait décidé de partir dès que l’on pouvait décoller. C’est pourquoi malgré le brouillard à mon arrivée sur l’aérodrome vers les 9 heures pas mal de personnes sont déjà là pour assister au grand départ. Mais est-ce vraiment le départ ? Ne se fera-t-il pas à Blois où nous retrouverons le 2ème équipage ou en Espagne le premier pays étranger ou plutôt sur le continent africain ? Cette première étape n’est qu’une routine, on a quand même l’intention d’aller à Dakar, mais la pression accumulée n’a fait qu’augmenter depuis 3 ou 4 jours. Les gens impatients de nous voir décoller n’arrangent pas les choses: stress maximum.

J’ai relu pour une Xème fois St Exupéry et j’imagine que les problèmes rencontrés pendant l’aéropostale seront bientôt les miens. Trois semaines c’est le délais imposé, (nos billets pour le retour sont déjà réservés), suffiront-elles pour rallier le Sénégal ? N’allons-nous pas perdre un temps précieux au dépend de formalités douanières et administratives ? Des vents contraires ou des tempêtes de sables pourraient aussi nous retarder ou nous clouer au sol. Mais des noms comme Alicante, Casablanca, Cap-Juby et Port Etienne me transportent par-dessus la crainte des montagnes espagnoles. Avons-nous une autonomie suffisante (3h30 de vol pour 300km parcourus) pour survoler des régions hostiles où trouver du carburant ne doit pas être aussi simple qu’en France ? Notre aventure peut très bien prendre fin dans un bruit de casseroles si notre moteur nous lâche d’un coup sans prévenir.

            L’avis des gens (mais faut-il en tenir compte?) est partagé. Certains pensent que c’est possible, d’autres au contraire pensent que c’est techniquement irréalisable. Pour moi qui ne suis jamais allé en Afrique je pense surtout aux paysages nouveaux que je survolerai bientôt, peut-être même à des moments de complicités partagés avec des hommes ayant une culture et des mœurs différentes.  Je ne cherche pas à réaliser un exploit, je n’ai aucune obligation de résultat. Rien ne m’oblige à atteindre ce but, à part peut-être mon orgueil mais il devra faire avec un éventuel échec. En résumer c’est une ballade et j’abandonnerai si les risques sont trop importants. Je ne peux m’empêcher aussi de citer le créateur de l’aéropostal monsieur Latécoère à toutes les personnes sceptiques qui ont jugé ce petit défi avec des à priori :  « C’est parce que c’est impossible que nous allons le réaliser. » Enfin aujourd’hui 30 août à 12H00 le brouillard daigne se lever nous autorisant à décoller. Ca sent déjà l’hiver, il est temps de partir d’ici et tenter de retrouver dans une semaine ou deux un climat plus chaud. Je décolle en tant que pilote, mon passager Stéphane KUBLER à tout le loisir en place arrière de dissiper les dernières vapeur d’alcool. C’est vrai qu’hier soir pour marquer le coup, Stéphane DENIS a eu la main lourde pour arroser le dernier dîner

ardennais… Derniers saluts aux spectateurs puis nous nous dirigeons vers RETHEL où nous retrouvons les gens de WEB-ZINE : petite séance photos, ils seront chargés de remettre à jour le site internet. Ainsi on pourra suivre l’évolution du voyage presque en direct. Nous redécollons pour PONT/YONNE où nous retrouvons des ulmistes de CHARLEVILLE qui se rendent à BLOIS en vol. Après un déjeuner qui nous réchauffe (j’étais déjà frigorifié) nous repartons pour BLOIS. On y retrouve Pierre-Jean un des 2 pilotes de l’autre ULM qui nous accompagnera.  On a juste le temps d’installer notre machine sur son stand pour le salon et de camper notre tente pour y passer une nuit agitée.  

 

 

Samedi 31 août: Au SALON DE L’ULM A BLOIS

  

 

On ne fait qu’apercevoir PASCAL « le 4ème fou furieux »qui profite des derniers instants avec CECILE, après c’est l’abstinence pendant 3 semaines. Je loupe le rendez-vous avec le journaliste de la région de BLOIS, c’est Pierre-Jean qui répond à ses questions: il paraît qu’on a piqué la vedette au salon lui-même. En fin d’après-midi je fais plusieurs baptêmes. Élodie (elle est chargée de parler de ce voyage au niveau SNCF) a eu droit au survol du château de CHAUMONT et celui de CHAMBORD. Sur le retour à la nuit tombante nous tombons en panne de moteur…Un atterrissage en ras-campagne s’impose. La première habitation est à une heure de marche et ELODIE commence à se refroidir.  Qu’est-ce-que je pouvais bien faire?

J’ai bien un duvet dans la sacoche de mon ULM mais il est prévu pour une personne…

Peut-être qu’en se serrant un peu ça devrait le faire. Vous y avez cru! Et bien non le coup de la panne, ça sera pour une autre fois. On peut quand même la féliciter car 45 minutes à s’envoyer en l’air peut paraître long la première fois. C’est elle qui m’a aidé pour toutes les démarches auprès du service communication et ce n’est pas de sa faute si les résultats ont été très insuffisants:   Aucune aide ne m’a été accordée, pourtant d’autres projets bien moins ambitieux y ont eu droit.  

 

 

 

Dimanche 01 septembre: Blois - St Junien(Limoges) - Monpezat(Agen)      3H20 de vol

 

 

C’est le jour « J » . Thierry Barbier et son pote Jean-Marc me donne des infos complémentaires qui pourront nous être utiles en Mauritanie: une croix sur ma carte indique un point de

rendez-vous où des taxis- brousse pourraient nous vendre de l’essence, mon principal soucis. Il n’y a plus de route et la piste sur la carte est représentée par un trait fin dont la légende précise « ligne approximative »: En général l’approximatif et la navigation ne font pas bon ménage.

Le reste de la matinée est consacré aux ultimes préparatifs: plein des machines et revérification de tout ce que nous devons embarquer. C’est un véritable casse-tête pour résoudre les problèmes d’encombrement et de poids: un ULM n’est pas un camping-car, ça tombe bien, je ne voulais pas emmener de télévision. Des choix sans concession s’imposent. Pour ma part je décide de voyager très léger (sur ce point je crois que j’ai battu les 3 autres).  Une brosse à dent, un savon devront suffire pour la toilette. Je n’ai qu’une seule tenue de rechange. J’envisage même de me débarrasser de mon vieux jean en Espagne (encore quelques grammes de gagner). Je ferai le reste du voyage avec un short pour les escales et un pantalon de toile légère pour les vols.

Il est midi, c’est le départ. Le public nous encourage chaleureusement, merci à lui. Je pars quand même avec l’estomac noué. Pendant les premières minutes de vol, nous sommes filmés depuis un autre ULM par France 3 local. De vrais star rock ! Attero sur l’aérodrome de St Junien, désert jusqu’au moment où une ZX s’approche. Le chauffeur est d’accord pour nous emmener à la première station service. Si loin de notre destination, je n’ose pas lui dire que nous partons pour Dakar. Comment l’aurait-il pris? Il aurait peut-être pensé que l’on se moque de lui. On s’aperçoit qu’un des bidons souples fui et pourri d’essence le coffre de la ZX. C’est que la première étape, ça commence plutôt bien!

            C’est la troisième fois que je survol la Dordogne et c’est toujours aussi beau que la première. Nous avons de la chance le temps est au beau fixe. On arrive vers 17 heures à Monpezat. Pierre-Jean en profite pour emmener sa famille en baptême.

Le soir Pascal nous emmène dîner dans son restaurant habituel. La patronne en apprenant nos ambitions nous offre le repas. Nous passons la nuit dans le hangar.

 

 

 

Lundi 02 septembre: AU PIED DES PYRENEES  

Monpezat - Agen - Graulhet(Nord-est de Toulouse) - Toreilles(Perpignan)  4H45 de vol.  

 

   Nous sommes sur la base de Pascal, pour lui le vrai départ c’est ici. Les gens de St Exupéry (c’est le nom de la base) nous offrent les pleins, le compte bancaire dit merci.

            Dés l’ouverture Pascal et moi achetons une tondeuse dans une grande surface. Nous sommes fermement convaincus que c’est indispensable et nous nous tondons mutuellement le crane, façon GI.

            La brume dans la vallée du Lot se dissipe rapidement et nous pouvons décoller en direction de Perpignan. Ce n’est pas la trajectoire la plus courte mais c’est la plus prudente pour passer les Pyrénées en cas de mauvais temps. Nous devons nous poser à Agen pour des formalités douanières. Ensuite nous devons patienter pour repartir, en effet un airbus  école monopolise la piste. Son tour de piste prend 10 minutes environ. Est-ce suffisant pour que les turbulences de l’A340  disparaissent ? Nous préférons attendre sagement son départ avant de décoller. Nous suivons la Garonne puis le Tarn avec un léger vent de face puis nous nous posons à Graulhet, il est 14 heures. La patronne du bar très sympathique décale l’heure de fermeture pour que nous puissions prendre un verre. On aura même droit au casse- croûte au fromage.

            Pierre-Jean téléphone à Patrice Barcouda qui nous fera une séance de voltige en direct mais pas très académique: il a faillit se crasher en escaladant une armoire pour atteindre la réserve d’essence. Avant de repartir nous signons tous les 4 sur un pan de mur notre passage.

            De gros cumulus noirs en phase de formation sur la Montagne Noire nous fait choisir une option Sud. Le vent a forci, c’est l’Autan, il n’est pas très fort et il nous ralentit qu’à 60 km/h.

            Atterrissage à Toreille où Michel nous offre l’essence et une voiture à disposition pour la soirée. C’est Pascal accessoirement cascadeur moto qui prend le volant. Ce n’est pas un dernier modèle mais plutôt une antiquité avec beaucoup de km qui gémit au moindre mouvement, en somme c’est un avant goût d’Afrique. A quoi pouvaient penser les gens effrayés quand ils voyaient débouler 4 tondus dans une épave aux bruits suspects?  

Mardi 03 septembre: PERDUS EN ESPAGNE !

Toreille - San Pau de Seguries - Manresa (40 km au Nord de Barcelone)  3H30 de vol.  

  Jusqu’à maintenant chaque équipage se dirigeait avec ses cartes aéronautiques dont l’échelle est de 1/500 000ème (1cm pour 5km) , pour l’Espagne on a qu’une seule carte au 1/1 000 000ème (1cm pour 10km).  Cette carte est beaucoup moins détaillée, certainement très pratique pour traverser l’Espagne en empruntant l’autoroute mais certainement pas adaptée pour faire de la navigation avec un ULM qui vole à 80 km/h. Bref on ne va pas s’arrêter sur des détails, nous décollons de Toreille en direction des Pyrénées. Des nuages bas nous empêchent de monter c’est ennuyant pour passer par-dessus le Col du Perthus. Je perds de vue le DTA (l’autre ULM), avec cette visibilité réduite ça devient trop dangereux. Je redescends un peu pour m’écarter des barbules des nuages. Puis dans une trouée j’aperçois Pascal et Pierre-Jean, ils sont 500 mètres plus hauts et se trouvent par-dessus la couche de nuages. Nous nous rapprochons l’un de l’autre pour pouvoir communiquer par gestes. En effet dialoguer à l’aide de radios entre les ULM nous est impossible. Le DTA me reçoit mais il ne peut émettre.      

            

 

    Je l’ai déjà dit ce n’est pas un détail qui va nous saboter notre motivation. Je comprends rapidement que ça doit passer si nous parvenons à percer la couche de nuage. A 2000 mètres on peut admirer la chaîne pyrénéenne émerger des nuages, derrière, le versant espagnol est complètement dégagé. On ne survolera la mer de nuage que quelques minutes que nous trouvons bien longues. Mais une fois passé la frontière malgré une super visibilité une vache (atterro de fortune suite à une panne moteur) serait presque impossible sans casser la machine.  

 

 

 

           Au bout de deux heures de vol, nous sommes en Espagne, c’est la seule certitude que nous avons. Mais où en Espagne ? Ici le paysage ne correspond guère à ce que je vois sur ma carte au 1/1 000 000ème. Il faut bien le reconnaître nous sommes bel et bien perdus. Bon et bien il n’y a plus qu’à se poser. Oui mais ici le relief est vraiment trop accidenté pour trouver un terrain potable. Ce n’est qu’au bout de 30 minutes de recherche que nous trouvons un champ moins pire que les autres. On arrête une voiture: où est-ce qu’on est ? S’il vous plait vous ne pouvez pas aller nous chercher de l’essence, merci. Il faudra coucher un panneau de signalisation routière pour assurer le décollage depuis la route. Décollage tendu au fond d’une  vallée où nous craignons des turbulences pendant la phase d’envol. Ce sont des touristes français qui bloquent la circulation à fin que nous puissions décoller sans risquer de se retrouver nez à nez avec une voiture. Allez GAZ en grand ! L’ULM s’ébranle, accélère et enfin s’arrache du sol. Je vire pour éviter des arbres à droite mais pas trop pour ne pas percuter le relief qui se trouve à gauche. Le DTA s’en sort aussi, ouf !  Au moment où nous décollions des orages éclatent au Nord sur les Pyrénées. Après une heure de vol, en suivant les vallées on atterrit à Manresa sous un orage pas très actif (il pleut quand même) mais qui nous rend nerveux. 

 

Enfin posé, on a eu notre dose d’émotion, ça suffit pour aujourd’hui.  Accueil sympatoche chez Miquel un des membres de la base ULM: Miquel nous emmène à l’essence. Miquel choisit les produits dans les rayons du supermarché. Miquel allume le barbecue. Miquel surveille la cuisson des côtelettes. Miquel nous prépare des toasts à la mode catalane. Merci pour ton hospitalité Miquel. On est loin de l’ambiance qui règne dans la plupart des aérodromes français. Prenez-en de la graine messieurs les cul-coincé, vous qui vous croyez pilote parce que vous portez une casquette et des ray ban.

 

Mercredi 04 septembre: COSTA DORADA / COSTA DEL AZAHAR

Manresa - Castellon de la Plana 3H20 de vol.  

 

   On rejoint la côte méditerranéenne au sud de Barcelone en prenant soin d’éviter la CTR (espace aérien contrôlé par l’aéroport). Le vent de cul (vent favorable) nous autorise de rejoindre Castello sans escale. On avait prévu un terrain à mi-chemin si notre autonomie ne nous le permettait pas.

 

            Le brouillard matinal a décalé nos prévisions, nous sommes obligés d’attendre midi pour voler. Le ciel sur notre droite n’est guère rassurant: de gros cunimb (nuages orageux) surplombent les diverses sierras et gonflent à vu d’œil. Sur la côte tout va bien, à part peut-être l’humidité iodée qui nous incommode en plus d’une chaleur étouffante.  

 

  La pompe à essence est ouverte mais cette fois-ci les cuves sont vides ! On perd du temps. Enfin le président qui parle français (ça crée des liens) va nous chercher le précieux liquide en ville. 

 

C’est trop tard nous ne pourrons plus décoller aujourd’hui, des orages menaçants risquent d’éclater d’un moment à l’autre. Nous nous rendons dans le centre ville et c’est avec 2 ou 3 heures d’avance sur les espagnols que nous dînons. Toute la carte de tapas y est passée.

 

Voler creuse l’appétit, en plus c’est notre seul vrai repas de la journée. Sur la terrasse des filles nous regardent avec insistance. Sont-elles choquées parce que nous mangeons si tôt ? Ou bien est-ce la couleur très voyante de nos tee-short jaune qui leur fait cet effet ?

 

Retour à l’aérodrome où nous pourrons dormir dans le hangar après un dernier bain de minuit. En milieu de nuit Pascal craque et préfère s’installer à la belle étoile pour se mettre à l’abris de moustiques vampires qui avaient colonisé le hangar. Quant à Pierre-Jean, il se réveillera avec la tête d’éléphant-man. C’est ici que j’enterre mon jean. 

 

 

 

En arrivant sur l’aérodrome de Castellon on nous  apprend que la pompe est fermée et ne sera disponible qu’à partir de 16H00. On termine le reste de nourriture acheté la veille: on avait réussi à bourrer du pain et du melon dans le peu de place qui nous restait dans les sacoches. Pour faire passer le temps on part se baigner dans une mer chaude.

                     

        

Jeudi 05 septembre: VOL TURBULENT / L’ANDALOUSIE

Castellon - Albacete - Beas de Sera - Cordoba

06H45 de vol.  

C’est la première fois que nous réussissons à décoller de bonne heure. Nous quittons la côte pour s’enfoncer vers l’intérieur du pays. Dans un premier temps nous survolons des lacs perdus au milieu de sierras. Puis nous nous retrouvons dans un décor de western. Il ne manque que John Wayne encerclé d’indiens. Les turbulences ne facilitent pas les prises de vue photos et vidéos.

            A Albacete la chaleur et l’altitude se font désagréablement sentir, le décollage n’est pas aussi franc que d’habitude. Pendant le vol jusque Beas de Segura nous en ressentirons les effets. En plus pour prendre le temps de mieux savourer, un vent de face assez fort nous ralentit au-dessus d’un relief accidenté où les thermiques (vent ascensionnel) nous branlent dans tous les sens.

Dans ces conditions il faut beaucoup de puissance. Nos moteurs de 50 chevaux (50 c’est pas de trop) suffisent pour que cela passe en sécurité. Pascal avouera qu’à un moment Pierre-Jean fatigué nerveusement a voulu se poser, on était presque arrivé.

            On se rapproche de l’Andalousie, on découvre les premiers champs d’oliviers avec leur réservoir d’eau suivis d’autres à perte de vue. Après cette journée éprouvante nous avons mérité un lit avec un vrai matelas. Il n’y a aucune objection pour que nous passions la nuit à l’hôtel et pas à même le sol dans un hangar.  

         

Vendredi 06 septembre: DERNIERE ETAPE ESPAGNOLE / L’AFRIQUE

Cordoba - Médina Sidonie (Espagne) - Tétouan (Maroc)  3H50 de vol.  

 

A gauche la mer, à droite l’océan. Nous sommes à la verticale du détroit de Gibraltar à 2500 m d’altitude. Pour les traversées maritimes les gilets de sauvetage sont obligatoires. Nous en disposons de deux… Le compte n’est pas bon, encore un détail superflu. Aujourd’hui encore, je me pose la question: en cas de panne au-dessus de l’eau, faut-il amerrir ou bien quitter le navire et se jeter à l’eau (avec ou sans gilet) ? De toute façon notre altitude nous permet de rejoindre la rive en vol plané. Pendant la traversée les 2 ULM ne se sont pas quittés d’une semelle au cas où l’un des deux ferait le grand plongeon. Grand ciel bleu, léger vent de cul, on aurait pu avoir pire comme condition. Le rocher, cause du conflit entre le Maroc et l’Espagne

est minuscule vu d’ici. Cette mésentente entre les deux pays nous a empêché de déposer un plan de vol pourtant obligatoire et indispensable. Le contact radio est difficile à l’approche de l’aéroport de Tetouan, une réception merdique, un accent très marqué de la part de la contrôleuse laisse envisager un accueil plutôt froid.   

Nous suivons à la lettre les consignes de la tour de contrôle. La dernière recommandation est montez à la tour immédiatement ! On s’attend à ce que les ennuis commencent…

Mais tout s’arrange, la chef de bureau de piste nous appelle même « les champions ». Le service de douane nous tamponne les passeports sans sourciller. Nous pouvons aller maintenant aller en ville boire une bière bien fraîche. Oui mais ici c’est contraire à la religion alors coca pour tout le monde, une boisson internationale. Nous passons la nuit à l’hôtel où il faut remplir une fiche qui reprend les infos du passeport. Durant 5 jours passés au Maroc, j’ai dut remplir cette fiche une bonne trentaine de fois.  

   

        Samedi 07 septembre: EN PANNE D’ESSENCE !

Tétouan - 25 km au Nord de Kenitra - 20 km au Nord de Oued Sem - Beni Mellal  5H00 de vol.  

 

Nous commençons la journée en commettant une erreur: pour économiser une poignée de dirham (monnaie locale) on décide de faire les pleins à la première station survolée plutôt que sur l’aéroport où le carburant est plus cher. D’après Pierre-Jean il y a des stations service un peu partout, ça ne manque pas sur les routes, même au Maroc… Au bout de 2H00 de vol, les réservoirs sont presque à sec et on a toujours pas croisée une de ces P….N de station qu’il y a soi-disant partout ! On devait sûrement suivre la seule route du Maroc qui n’a pas de pompes tous les cent bornes… Et comme deux c’est mieux qu’une, Pierre-Jean fait sa deuxième connerie de la journée (pardon PJ) : Il attend la panne sèche et se pose au milieu de nul part !  

 

Quant à Stéphane et moi, il faut faire vite puisqu’il nous reste deux, peut-être trois, mais nous ne misons pas sur quatre minutes avant que notre tour arrive. Je décide de poursuivre à fin de choisir un meilleur endroit pour me poser.

J’espère que Pierre-Jean et Pascal me reçoivent sur leur radio poussive quand je leur annonce: « J’ai le visuel sur une station ne bougez pas (ont-ils le choix ?) , attendez moi je vous ramène de l’essence. Je repère une route, équivalente à nos départementales françaises. Nous rasons un camion avant de s’y poser. Des gens aux vêtements multicolores sont entassés dans la benne.

Au moment où nous passons au-dessus de leur tête tous les regards sont braqués sur nous: c’est une photo à la Yann Arthus-Bertrand qui restera imprimée dans nos têtes mais pas sur la pellicule, dommage. Une fois posé nous sommes bloqués: Une charrette tirée par un âne prend toute la largeur de la route! Y a pas de doute ! On est bien en Afrique !

            A proximité de la station c’est l’attroupement général autour de l’ULM. Des questions fusent de partout. « Tu viens d’où ? Tu vas où ? T’es français ? Ah ! La France ! Mon cousin habite la France… Bienvenu au Maroc ». A chaque atterrissage marocain l’accueil y sera toujours aussi chaleureux.

Nous transvidons 30 litres de mélange dans le réservoir du GTE puis je redécolle seul pour retrouver les deux autres. Après un passage de reconnaissance je me pose près du DTA: il y a beaucoup de monde. Je fais attention en me déplaçant dans ce champ ou apparemment, seules des plantes du genre épineuse parviennent à pousser. Sur la quarantaine de gamins qui sont là, la moitié sont pied nu et la totalité en guenille ! Un adulte armé d’une baguette fait régner la discipline. Même les plus hardis n’osent approcher les ULM à moins de cinq mètres. Un représentant (quelle fonction avait-il ? En tout cas il portait une sorte d’uniforme qui impressionnait tous les autres marocains) contrôle nos passeports et nous fait remplir la petite fiche.  

 

            Après une inspection minutieuse nous choisissons la meilleure zone de décollage. C’est à l’autre bout du champ, au moins à 500m. Heureusement les enfants tous volontaires nous aident à pousser les appareils. Pascal distribuera des lunettes de soleil aux pousseurs pour les récompenser. Pierre-Jean sceptique préfère décoller seul. Je n’allai pas laisser Pascal ici, il monte avec moi pour décoller aussi sans problème. Nous rejoignons Stéphane qui doit commencer à s’impatienter. Il n’y a que deux personnes à ses cotés. Mais où sont passés tous les gamins de tout à l’heure ? Ils sont à 50 m. Mais pourquoi si loin ? Stéphane est encadré par deux motards policiers. C’est une bonne explication. Et rebelotte, contrôle des passeports, il faut remplir la fiche…Faut rester zen…zen…zen…

 

Nous pouvons enfin faire les pleins et à ras bord. Les deux policiers se chargent de bloquer la circulation. On redécolle, GAZ ! On a perdu 4 heures.

 

On fait escale à Oued-Zem dans une station pour ravitailler. Deux gendarmes nous y attendent ! Mais comment savaient-ils que nous passerions par ici ? Passeport, petite fiche habituelle. Nous offrons au chef du village, ou du moins à celui qui en avait l’air, une paire de lunette de vue qui d’après lui, lui améliore considérablement son acuité visuelle, ainsi que des stylos, qu’il distribuera aux enfants du moins pour ceux qui vont à l’école. 

 

On arrive au pied de l’Atlas à Beni-Mellal pour le dernier atterrissage de la journée. A notre arrivée on apprend que « la phase a été déclenchée »??? En effet avec cette panne d’essence nous avons explosé le plan de vol: ici on nous attendait depuis un bon moment. Le chef de l’aérodrome a fait preuve d’un excès de zèle sûrement bien vu par les autorités: il a lancé des recherches sur trois ULM…Comme il n’en voit que deux arrivés il demande où est passé le troisième ?

 

            Ca a l’air d’être très grave…Nous ne brillons pas.

 

 

 

 Tout se mélange dans nos cerveaux ramollis par la fatigue: « la phase », les recherches, le troisième ULM. Mais quel troisième ULM ? Ici le mot palabre prend toute son ampleur: deux heures ne suffisent pas à solutionner un problème à première vue insoluble. On verra demain. Nous quittons les lieux sans oublier le dix de der : la vérification du passeport et la fameuse fiche à remplir ne nous étonne même plus.  

 

 

 

 

Nous n’avons pas beaucoup de temps pour rejoindre Dakar et on ne peut pas se permettre de rester dommage j’aurai voulu discuter un peu plus avec ces gens

           

Au début de notre voyage, quand tout se passait sans imprévu, je craignais de n’avoir rien à raconter dans nos futurs articles. Là ça fait deux jours qu’on cumule les erreurs : se perdre en Espagne, tomber en panne d’essence et se faire passer pour des espions donnera sûrement du piment à nos histoires. Il faut qu’on arrête nos conneries si l’on veut arriver à Dakar. J’imagine déjà les titres de la presse à sensation: « quatre français se crash en plein désert et sont pris en otages ».

            C’est un commandant qui nous emmène en ville. Nous réservons aussitôt l‘hôtel. La ville n’est pas touristique et les palaces n’existent pas. Chambre au deuxième étage, déjà habitée par des cafards géants; WC au 1er , un seau fait office de chasse d’eau; douche au rez de chaussez, faut pas se plaindre il y avait de l’eau…froide faut pas pousser: Le grand luxe quoi. Je profite d’un lavabo dans le couloir pour faire la lessive de mes petites affaires. Les femmes de ménages très puritaines ont été surprises en voyant un homme en slip plutôt beau mec en train d’astiquer on ne sait quoi dans le lavabo. Elles déguerpissent au rez de chausser pour tomber nez à nez avec Pascal qui sort de la douche en petite tenue très légère… Le soir Stéphane et surtout Pierre-Jean ne sont pas très en forme, je diagnostique un début de turista, la chiasse. Le poisson d’hier doit y être pour quelque chose. Ils restent à l’hôtel tandis que Pascal et moi sortons.             

            Il nous aura fallu au moins 30m avant de trouver des jeunes marocains installés à une terrasse de café. L’un des deux a fait des études de langue l’autre d’informatique et est très fier de nous montrer sa carte de technicien. Comme la plupart, ils n’ont pas de travail. La soirée fut très euphorique, je vous promet il n’y avait pas d’alcool mais ils ont de très bonnes cigarettes, illicites peut-être. Ils nous posent un tas de questions sur la France. A notre tour nous leurs demandons à qui appartiennent ces grosses voitures neuves qui roulent à toute allure au milieu des autres épaves. Ils nous apprennent que c’est des trafiquants de cocaïne; personne ne semble vouloir les en empêcher et je pense q’ici la corruption doit être une pratique très courante. Nous leurs donnons rendez-vous demain matin pour un baptême. .

   

Dimanche 08 septembre: MARRAKECH

Beni Mellal - Marrakech

2H30 de vol.  

 

Ca fait déjà une semaine que nous sommes partis et nous n’avons pas fait la moitié du trajet. Est-ce que nous sommes dans les temps ? Impossible d’y répondre. On vole depuis sept jours et il en reste dix puisque Pierre-Jean doit prendre l’avion le 18. Jusqu’à maintenant nous n’avons pas rencontré de grosses difficultés, devant nous il nous reste le Sahara Occidental et la 
Mauritanie, tout un programme… De toute façon personne ne songe à faire demi-tour, on arrivera quand on arrivera, on est au Maroc non ! Alors, Inch Allah ! 
Grâce à l’antidiarrhéique de Stéphane (c’est le toubib de la bande), Pierre-Jean pète le feu. La ville est bien fournie en « petits taxis » mais ils ne peuvent en sortir, en effet la loi leur 
interdit. Ca fait une bonne demi-heure que nous attendons et nous n’avons toujours pas vu passé « un grand taxi ». Avec tout notre bardas il nous faut absolument en trouver un, qu’il soit minuscule ou géant on s’en moque, même une charrette ferait l’affaire. Enfin nous chargeons les bagages. On s’installe à bord, une fois que nous sommes bien tassés dans l’habitacle, le chauffeur nous dit que ce n’est pas la bonne voiture et qu’il faut en prendre une autre. La fois d’après c’est le chauffeur qui n’est pas bon. On redécharge nos affaires pour les recharger dans une autre voiture, au total on répètera l’opération 3 ou 4 fois avant de tomber sur le bon véhicule avec le bon conducteur.

 

 

 

Pour la majorité des gens de Beni-Mellal, 8km c’est le bout du monde. Les copains de la veille ne sont pas au rendez-vous. J’imagine que la distance pour rejoindre l’aérodrome était pour eux, comme de rallier Dakar depuis la France pour des ulmistes. 

 

 

 

 

 

On nous avait conseillé d’emmener un tampon avec nous, n’importe lequel du moment qu’il laisse une empreinte plus ou moins officiel, il paraît qu’ils aiment ça. Je confirme ça marche super bien. Le chef de l’aérodrome très colérique hier, s’est tout de suite calmé à la vue d’un papier tamponné. 

 

Pour ne pas refaire la même erreur que la veille, on nous impose une escale sur l’aéroport de Marrakech rien que ça ! La navigation est très facile, même avec une carte au 1/1 000 000ème (sauf en Espagne). Nous pouvons nous passer de l’usage du GPS comme nous l’avions décidé au départ. Cela confirme mon opinion quant à son utilisation dans le milieu de l’ULM et puis la navigation y perd de son charme. Depuis notre entrée au Maroc nous faisions route plein Sud. Après avoir traversé une petite partie du Rif (chaîne montagneuse de 1000m en moyenne ou les terrains exploitables servent à la culture du cannabis) nous avons survolé un plateau central, le Plateau des Phosphates. Aujourd’hui nous sommes au pied du Moyen Atlas (il n’a rien de moyen, il dépasse 3000m). Plus au Sud se trouve le Haut Atlas (son point culminant est à 4165m), dans cette direction une région montagneuse s’étale à perte de vue (300 km). Finalement ce n’est pas plus mal que Marrakech soit un passage obligatoire et nous n’avons qu’à suivre l’alignement du relief pour y arriver. En accord avec la tour de contrôle nous nous posons devant le nez d’un Boeing en attente au point d’arrêt. Imaginez la tête des pilotes en voyant passer les 2 ULM !

 Après un seul contrôle des passeports, nous pourront circuler librement dans toutes les zones de l’aéroport. Tout le personnel, douaniers y compris savent que les 3 tee-short jaune font partie du « chalenge Paris /Dakar » et qu’ils ont tous les droits. Ce laxisme me surprend dans une zone aussi sensible, la rédaction de la fiche était un minimum non ! 
Je crois que le coup du tampon magique à Beni-Mellal y est pour quelque chose, là-haut notre nouveau copain a du inventer cette histoire du « chalenge Paris Dakar » . On aime ça et on en rajoute : on s’amuse à passer les zones de contrôle sans que personne n’ose dire quoi que se soit. Le camion citerne vient ravitailler « le challenge Paris/Dakar ». C’est bien pour la photo mais pas très pratique, le bec du pistolet ne rentre pas dans le réservoir ! Un vent d’Ouest s’est levé, nous préférons remettre au lendemain notre départ. Cela nous permet de visiter Marrakech à 
bord d’un taxi tout juste rodé: 780 000km au compteur ! Son propriétaire compte en refaire au moins autant.

       

  Lundi 09 septembre: L’ATLAS   Marrakech - Taroudan   2H20 de vol.  

 

La tour de contrôle ne veut pas nous laisser partir pour Taroudan. On nous autorise d’atterrir à Marrakech parmi les avions de ligne mais on nous refuse l’accès à un petit aérodrome ou il n’y a que des ULM ! Le bureau de piste prétexte arbitrairement une autorisation délivrée par le gouverneur. Son accord téléphonique ne suffit pas, il faut un écrit. Nous nous lançons à la recherche d’un fax, denrée plutôt rare dans l’aéroport: autant chercher un ours blanc dans le Sahara ! On se replie sur Agadir, mais on nous le refuse aussi pour cause de visibilité insuffisante. Même notre tampon magique est impuissant c’est pour dire. Enfin nous recevons le papier par l’intermédiaire d’une agence de voyage équipée d’un fax, nous pouvons partir.

 

C’est une étape riche en paysages. Bien arrosé pendant la saison des pluies, avec des neiges persistantes sur les plus hauts sommets, l’Atlas donne naissance à de nombreuses rivières. Nous passons le Haut Atlas dans sa partie la plus étroite au niveau de Ini-n-Tanoute. Sur les premiers versants nous découvrons de vaste étendues de chêne-liège, de chêne-vert et de genévriers. Le relief  d’une couleur rosée est très varié: de hauts sommets alternent avec des plateaux rocheux, suivis de vallée fertiles. Je vole à 2000m en choisissant le bon coté de la vallée pour ne pas se retrouver sous le vent. Malgré ces précautions nous croisons de sévères turbulences, c’est vrai que l’heure est propice au thermiques.

 

 

 

Elles disparaîtront quand nous passerons la dernière barrière rocheuse qui nous sépare des plaines « vertes et fertiles ». Ne vous attendez pas à y trouver des forets et des champs verdoyants comme chez nous. La culture très localisée n’y est possible que grâce à un système d’irrigation (arbres fruitiers et culture maraîchère), elle profite à quelques riches propriétaires.  

  Nous subissons un choc thermique en se posant chez Jacques Pierre (un français qui vit au Maroc en apprenant l’ULM aux gros propriétaires du coin). D’une température agréable à 2000m nous passeront à 42,5°C au sol ! Impressionnant mais largement supportable, en effet, l’air est tellement sec que notre organisme refuse de transpirer.

            J’accompagne Jacques Pierre sur le marché en vue du dîner de ce soir: barbecue sur la terrasse. Je me souviens encore des étalages colorés aux senteurs très épicées, un régal pour les yeux comme pour le nez, ça promet pour ce soir. A l’heure de l’apéritif Jacques nous montre une colonie de 2000 scorpions récoltée par deux biologistes. D’après eux il y en a 500 variétés différentes. A tour de rôle nous jetons un coup d’œil prudent par-dessus les grosses caisses en plastique: ça grouille dans du papier cartonné, rien qu’au bruit les frissons sont garantis.  

         

 

Mardi 10 septembre: Aux portes du SAHARA Taroudan - Tiznit - Tan Tan - Cap Juby(aujourd’hui Tarfaya)

4H50 de vol.  

A fin d’éviter de passer par-dessus l’Anti Atlas(dernière montagne), un massif de granit rose, d’origine volcanique de 2000m d’altitude en moyenne, nous voulons rejoindre la côte atlantique au Sud d’Agadir et ne plus la quitter jusque Dakar. Mais c’est sans compter sur une brume de mer si épaisse que nous devons repiquer à l’intérieur des terres. A Tiznit nous repérons une station service, à un mètre au-dessus d’un chemin caillouteux nous coupons le moteur pour protéger l’hélice. Nous sommes suivis comme notre ombre par le DTA qui…endommage une de ses pales d’hélice, un caillou l’a pulvérisée lors du toucher des roues. De jeunes marocains (à chaque atterrissage en campagne, c’est l’attroupement) nous aident à pousser les deux appareils jusqu’à la station. Les deux machines sont prêtes à redécoller rapidement. En effet le remplacement de la pale (merci Pascal) et les pleins sont effectués en un temps records digne de mécanos d’une écurie de formule 1. C’est aussi une des rares fois ou nous passons à travers les contrôles d’identité. Finalement je ne regrette pas de passer par l’Anti-Atlas, ça vaut le coup d’œil, le paysage est sûrement plus agréable ici que sur la côte. Atterrissage à Tan-Tan pour faire encore boire nos ULM. Nous passons au-dessus de El-Ouatia, le port de Tan-Tan juste en face des Canaries, c’est le plus important du Maroc. Nous contemplons les alignements de petits chalutiers dont on a du mal à imaginer qu’ils puissent tous être rentables. Ils profitent d’un courant marin froid qui se révèle extrêmement favorable à la pêche.

 On doit se reposer encore une fois à proximité de tentes de pêcheurs: Pierre-Jean un peu trop optimiste vole en short et tee-short et il se les gèle. Le climat est étonnamment tempéré sous ces latitudes et la température a chuté. Le courant des Canaries se fait froidement sentir et l’on supporte aisément nos vêtements chauds. Cap Juby approche. Cap Juby est le lieu de rencontre d’Antoine de St Exupéry avec le Petit Prince. C’est au pied de ce fortin espagnol que l’auteur de « Terre des hommes » passera deux années de sa vie à diriger l’aéroplace Latécoère, étape de la ligne Toulouse / St Louis du Sénégal. La bourgade est quelconque mais elle est entrée dans l’Histoire. Une épave échouée sur le sable rajoute un coté pathétique à la scène. La piste sur laquelle se posaient Mermoz et Guillaumet avant de partir pour l’Amérique, nous tend les bras. C’est des mains de gamins tendus que nous trouverons à l’atterrissage ! La ville ne dispose que de deux hôtels. Le premier est très local, le deuxième aussi. Tant mieux, 
je ne suis pas venu en Afrique pour retrouver « une vie à l’européenne ». La préparation du dîner se fait traditionnellement. Il n’y a pas de cuisine et le poisson est nettoyé dans ce qui doit- être les WC ! Il sera servi dans un plat commun sans couvert: bon appétit ! La chambre est du même niveau que le dîner, j’y passerai une excellente nuit. 

au Cap Juby

    

Mercredi 11 septembre: JOURNEE VENTEE  Cap Juby - Laayoune - Boujdour  3H de vol.  

 

 

Suite à l’affluence des touristes les autorités marocaines ont mis sur pieds des convois militaires bihebdomadaires chargés d’accompagner les visiteurs jusqu’à Bir Ghendouz, avant de les confier aux mauritaniens. L’obligation de participer à ces convois a été levée le 2 février 2002. La région est-elle devenu plus sûre ? Dans le doute j’ai l’intention de voler haut, hors de portée de balles, on ne sait jamais. Laayoune, la cité saharienne est le siège de la Minurso, la force des Nations Unies qui observe et fait en sorte que dure le cessez-le-feu entre le Maroc et les forces sahraouies, soutenues par l’Algérie. Nous nous y posons pour prendre le petit déjeuner dans un palace: salles luxueuses, piscine, masseuses à disposition ! Un concentré de ce que je déteste. Comment de tels endroits peuvent exister ici, le luxe qui côtoie la misère, si ce n’est pas de la provocation je ne m’y connais pas. 
Le vent favorable nous pousse vers Boujdour ou nous nous posons à coté d’une station service. Pascal a qualifié cet attero de « rock’n’roll, pour ma part je rajouterai un zeste de hard punk. C’est la première station où l’essence est détaxée: 40 litres pour 200 dirhams soit 50 centimes d’euros le litre. Depuis Laayoune nous avons suivi la falaise, juste au-dessus de l’océan qui parfois sape les à-pic, parfois laisse s’épanouir une plage prise d’assaut par les moutons des déferlantes. Des pêcheurs font prendre leurs lignes ou se livrent aux pratiques acrobatiques de la pose de filets entre les pointes rocheuses. Pour hisser leur précieuse récolte, ils jouent aux funambules sur d’étroite plate-forme au-dessus de quarante mètres de vide. 

 
 

          

   

Jeudi 12 septembre: ON PASSE LE TROPIQUE DU CANCER

(C’est encore loin l’équateur ?)  Boujdour - 60 km au nord de Dakhla - Nouadhibou (Mauritanie)  5H45 de vol.  

Les ULM ont été gardés toute la nuit, dans la station service, par un gendarme. Après l’avoir remercié nous repartons. Voici Dakhla, au bout d’une langue de sable longue d’une quarantaine de km. On évitera la traversée du bras de mer délimitant la presque-île. 
Après un arrêt refueling nous survolons un paysage qui fait penser à la surface d’une planète dépourvue d’atmosphère et de vie, si ce n’est la route bordant la côte. On y rencontre une voiture ou un camion de temps en temps. En cas de panne on ne sera pas tout seul. A l’intérieur des terres, une bonne visibilité permet d’apercevoir à perte de vue l’étendue désertique. Sur la côte nous pouvons voir quelques pêcheurs en pirogue qui semblent venir de nulle part. 
Nous apercevons la péninsule de Nouadhibou l’ancien Port- Etienne. On croise la ligne de chemin de fer Nouadhibou / Zouerat, avec son train de 250 wagons remplis de minerai de fer. 


« Port- Etienne situé à la lisière des territoires insoumis, Port-Etienne n’est pas une ville. On y trouve un fortin, un hangar et une baraque de bois pour les équipages de chez nous. Le désert, autour est si absolu que malgré ses faibles ressources militaires, Port-Etienne est presque invincible  »  Saint Exupéry. 
Nous dégustons notre première bière depuis notre entrée en Afrique. Des voitures arborent des pare-soleil avec l’inscription « Ben Laden. » C’est ici que l’Afrique du Nord s’arrête. Sitôt la frontière franchie, on pénètre dans un autre monde. 
Une autre aventure commence…Avec certainement des surprises mais on est venu un peu pour ça non. 


 

 

 

 

 

Vendredi 13 septembre: JE DETESTE LES VENDREDIS 13 Nouadhibou - Iwik  2H40 de vol.  

 

    Avant notre départ, Pierre-Jean s’était chargé de la partie ingrate du projet: envois de courriers aux ambassades et aux directions de l’aviation civile à fin de réunir toutes les autorisations indispensables. Pour rejoindre Nouakchott (la capitale de la Mauritanie) depuis Nouadhibou nous devons ravitailler en carburant. Nous comptons faire une escale à mi-chemin, dans la région du banc d’Arguin (une région particulièrement riche en oiseaux migrateurs) plus exactement au village de pêcheurs Iwik ou une piste d’atterrissage doit être balisée. Après plusieurs rotations autour du village la piste reste invisible. A 500m de là des gens dans un campement nous font de grands signes. Ils nous montrent le seuil de piste matérialisé par une banderole, derrière celle-ci une étroite bande de sable dur fera office d’aérodrome. Il y a même une éolienne (elle sert à fournir l’énergie nécessaire pour adoucir l’eau de mer) qui remplace la manche à air. C’est parfait, une piste aménagée en plein désert, avec de l’essence va nous permettre de refaire les pleins et de repartir rapidement, oui mais… Oui mais … Oui mais ça ne va pas se passer comme on l’espérait. Aussitôt posé, on confisque sans douceur le caméscope de Pascal ! J’ai le temps de planquer celui de Stéphane sous mon blouson. On se  retrouve tous les quatre devant un mauritanien, on n’est pas encore menotté mais ça ne devrait pas tarder. C’est le responsable local du banc d’arguin il nous explique la situation. Ils sont gentils ces mauritaniens, ils nous laissent le choix: Il faut payer 200 000 ouguiyas (la monnaie mauritanienne) ou bien nous n’aurons pas une goutte d’essence ! Avec ce qui reste dans nos réservoirs nous n’avons plus qu’une demi-heure d’autonomie et nous avons plus de deux heures à survoler le désert avant de retrouver la civilisation. A moins d’un miracle (ici ils se foutent pas mal de notre tampon magique et le challenge du Paris / Dakar n’est plus ce qu’il était), je ne vois pas ce qui pourrait débloquer la situation. 

 

 

On n’a pas le choix et ils l’ont vite compris. C’est du vol, une arnaque, un guet-apens, une prise d’otage, en résumer c’est le « bakchis ». Nous palabrons tout le reste de l’après-midi, en vain. On prétexte que notre autorisation n’est pas valable et qu’il faut donc payer « l’amende ». Nous ne sommes pas prêts à payer une somme pareille: c’est que çà fait un paquet de youyouille (200 000 ouguiyas correspondent à 1000 euros). Nous voulons leur montrer que nous ne sommes pas pressés, eux non plus ne le sont pas: on ne partira que le surlendemain ! Mon dernier repas a été pris il y a 24 heures et mon estomac commence à réclamer sérieusement. Le soir on nous invite, pas au George V sur les champs Élysée mais sous une tente en plein désert. On voulait passer une nuit en bivouac au milieu du désert, on en a eu deux mais à quel prix ! Il ne faut surtout pas gaffer: il faut se déchausser et manger avec la main droite. On fait l’impasse sur l’entrée. Un plat unique est posé sur un tapis à même le sol, il contient de l’agneau (mais ou est donc le frigidaire!) et du riz. On est une dizaine à s’installer autour, assis en tailleur. J’observe les mauritaniens manger avant de me lancer, bizarrement je n’ai plus très faim. La technique a l’air simple mais elle ne l’ait pas. Il faut une bonne dose de dextérité pour prendre une poignée de riz, bien serrer le poing au-dessus du plat pour faire égoutter toute la graisse 
ensuite porter le tout à la bouche sans en perdre un grain. Pour la viande il faut s’y mettre à deux personnes l’une en face de l’autre pour avoir deux mains, chacun tire de son coté et récupère la moitié du morceau. Il se peut aussi qu’il y ait des projections un peu partout mais c’est très aléatoire. On dit que le riz est un bon constipant, pour mon cas il n’a pas fait des merveilles, même les cachets de Stéphane dont la dose a été multipliée par deux puis trois, restent sans effet. 
On passera une bonne partie du lendemain à traîner sur la plage et barboter dans l’eau. Mais on nous avait prévenus: « Méfiez-vous des masse-couille ». Qu’est-ce que c’est ? Je n’ai aucune envie qu’on me masse quoi que ce soit. En plus un requin est échoué sur le sable. Ouais ! De toute façon je n’ai jamais été très plage, je préfère la montagne. En dehors des heures de prière nous essayons de négocier, il faut faire baisser petit à petit l’amende. Petite visite au village d’Iwik où règne une odeur de poisson presque insoutenable. Nous profitons d’une douche (avec de l’eau douce s’il vous plait) aménagée par les mauritaniens. Pour les petites toilettes nous nous servons de bouteille d’eau. La rançon est fixée à 70 000 youyouilles, on paie, on s’casse. 

   
Dimanche 15 septembre: ON RENTRE AU SENEGAL   Iwik - Nouakchott - Saint Louis du Sénégal   5H00 de vol.  

 

 

Nous retrouvons le même paysage essentiellement désertique jusqu’à la vallée inondable du fleuve Sénégal. Il forme une frontière naturelle qui sépare la Mauritanie du Sénégal. La nature reprend vie et la végétation réapparaît d’un coup, contrairement au Maroc où l’on passe par des zones transitoires avant d’atteindre les étendues arides. 

 

On rejoint la ville en taxi depuis l’aéroport. Il culbutera un chien à plus de 80km/h, cette vitesse est très rapide vue l’état de la voiture. Ca ne vaut même pas le coup de s’arrêter, seul l’état du pare-chocs déjà bien malade inquiétera le chauffeur. Dans la circulation pour résumer, la règle essentielle est qu’il n’y a pas de règle. 

 

Nous l’avons compris au premier carrefour. Ici le parisien moyen passerait pour un chauffeur cordial et plein de diplomatie. Passage obligatoire au mythique Hôtel de la Poste pour prendre un verre et surtout pour dire qu’on y est passé. Dans un endroit de la ville nous verrons des chauve-souris d’une taille impressionnante.   

 

Lundi 16 septembre: DAKAR

Saint Louis - Dakar

2H15 de vol.  

 

Nous devons ralentir pour respecter l’heure d’arrivée précisée sur le plan de vol. Un pendulaire 
qui vole trop vite, çà ne s’invente pas une histoire comme celle-ci. Sentant aussi la fin du périple 
je voudrais faire encore durer ce dernier vol. 
A l’approche de Dakar les pirogues de pêcheurs sont de plus en plus nombreuses. 
Le contact radio n’est pas évident avec la tour de contrôle et il faut en être très près pour établir la liaison. 

On dirait qu’il y a pas mal de trafic. On se pose et il faut vite faire la photo (c’est interdit), les ULM en premier plan et l’aéroport Léopold Sédar Senghor en toile de fond. 


Merci au colonel Renaud qui accueillera nos ULM dans un hangar de la base française implantée ici.

Il nous fournira aussi le camion avec son chauffeur pour transporter les appareils jusqu’au container. Ils repartiront par bateau.

Notre aventure se termine. Pierre-Jean reprend déjà l’avion après- demain. Les autres profiteront de l’hospitalité de Pierre-Luc pendant une semaine. Cet ancien ulmiste français qui vit au Sénégal depuis trois ans, me fait penser à Philippe Noiret dans « L’Africain ». Il a dut regretter son offre d’hospitalité quand le premier soir nous avons vidé son bar, histoire d’arroser la fin du voyage. Il nous fera visiter Dakar et ses alentours: le lac rose où nous irons nous baigner, les îles Gorée et Ngor, le marché de l’artisanat.

Le 23 septembre jour du départ nous prenons un dernier dîner avec Pierre-Luc. Sur la route de l’aéroport la circulation est bloquée: un énorme reptile se trouve au milieu de la route, monsieur le varan je crois n’est pas pressé de quitter les lieux.

L’avion décolle avec une heure de retard pour nous rappeler que nous sommes encore en Afrique. 5H15 suffiront pour rejoindre Paris, mais est-ce comparable aux 70 heures passées sur nos petites machines pour faire le même trajet ? Bien sur que non.

            CONCLUSION

Je suis d’attaque pour recommencer. J’espère en avoir encore l’occasion. J’en profite pour remercier, Stéphane, Pierre-Jean, Pascal et les quelques sponsors.

Dans l’ensemble le voyage c’est très bien déroulé, il n’y a pas eu de grosses galères. Tous les quatre nous avons montré qu’avec des ULM basiques, un budget serré et beaucoup de

motivation on peut aller loin. J’ai des images plein la tête, des mauvais souvenirs comme des bons, mais seuls les meilleurs resteront.

 

ETAT D’ÂME

            En tant qu’européen, je n’étais pas très à mon aise. En Afrique il y a un gouffre entre les riches et les pauvres. Et là-bas un blanc c’est un riche, quatre blancs sur des ULM sont certainement pris pour des américains milliardaires en mal d’aventure !

Les gens ont d’autres priorités ou besoins que l’on se crée en France. Une bonne partie de la population est sous alimentée. Les soins médicaux coûtent trop cher. L’espérance de vie atteint péniblement 50 ans ! Et quelque part je m’en sens un peu responsable.

            Les touristes à Dakar se font « agresser » par les vendeurs ambulants qui espèrent gagner un

peu d’argent. Je n’ai pas la prétention de sauver toute la misère du monde en leur achetant tous leurs bibelots mais j’essaie de respecter les gens. Certes pour dissuader le vendeur il faudra s’y reprendre une bonne dizaine de fois.     

            J’ai vu récemment à un journal télévisé de 20H deux reportages coup sur coup. Le premier parlait d’une association qui aide les chats mourants de faim, très bien j’adore les animaux. Le deuxième nous montrait les images d’un sans papier réexpédié dans son pays d’origine. Dans ce cas la loi française s’autorise à prendre ce clandestin comme un vulgaire sac de marchandise: un policier à la tête le deuxième aux pieds. A la monté dans l’avion l’homme se débattait comme un pauvre diable sous l’œil voyeur de la caméra. Le contraste entre les deux reportages est saisissant. A propos de loi, lui a-t-on demandé l’autorisation de diffuser les images ?